Uranium: Guide de discussion ~ questions et réponses






Canadian Coalition
for Nuclear
Responsibility




Regroupement pour
la surveillance
du nucléaire

URANIUM

Guide de discussion

 

QUESTIONS ET RÉPONSES

par Dr Gordon Edwards et coll.

 


préparé et publié pour
l’Office national du film du Canada

et accompagnera le film « Uranium »
du réalisateur Magnus Isacsson



TABLE DES MATIÈRES :
UNE LISTE DE QUESTIONS



A. L’URANIUM ET LA RADIOACTIVITÉ

A.1. Qu’est-ce que l’uranium?
A.2. Qu’est-ce que la radioactivité?
A.3. À quelle profondeur peut pénétrer le rayonnement?
A.4. La radioactivité est-elle dangereuse?
A.5. Comment un élément radioactif peut-il générer d’autres éléments radioactifs?

B. L’URANIUM ET SES UTILISATIONS

B.1. Où trouve-t-on l’uranium?
B.2. Comment le Canada en est-il venu à s’intéresser commercialement à l’uranium?
B.3. Quel est le rôle de l’uranium dans les bombes atomiques?
B.4. Quel est le rôle de l’uranium dans les réacteurs nucléaires qui produisent de l’électricité?
B.5. Quelles sont les autres utilisations des réacteurs nucléaires?
B.6. Les utilisations pacifiques et militaires de l’uranium sont-elles incompatibles?
B.7. Le Canada a-t-il déjà produit du plutonium destiné à la fabrication de bombes?
B.8. Le Canada continue-t-il à vendre de l’uranium et du plutonium
          destinés à la fabrication de bombes?
B.9. L’uranium canadien entre-t-il encore dans la fabrication de bombes nucléaires?
B.10.Existe-t-il d’autres utilisations de l’uranium?

C. L’URANIUM ET LA FISSION NUCLÉAIRE

C.1. Qu’est-ce que la fission nucléaire?
C.2. Que sont les produits de fission?
C.3. Qu’est-ce que le strontium 90? Le césium 137?
C.4. Qu’entend-on par « retombées radioactives des armes nucléaires »?
C.5. Que sont les « déchets radioactifs de haute activité »?
C.6. Comment le plutonium et les autres éléments transuraniens sont‑ils produits?
C.7. À quoi sert le plutonium?

D. L’URANIUM ET l’INTÉRÊT PUBLIC

D.1. La production d’énergie électrique d’origine nucléaire est‑elle inévitable?
          Est-ce seulement une question de temps?
D.2. Les solutions de rechange de l’énergie nucléaire sont‑elles réalisables?
D.3. L’uranium et l’énergie nucléaire sont-ils acceptés au Canada?
          Dans le monde?
D.4. Dans quelle mesure le Canada a-t-il investi dans l’uranium et l’énergie nucléaire?
D.5. Dans quelle mesure le Canada est-il intervenu sur le marché de l’uranium?
D.6. Quel est le statut actuel du Canada sur le marché international de l’uranium?
D.7. Pourquoi est-ce que l’extraction minière de l’uranium est en expansion au Canada?
D.8. Y a-t-il des conséquences sur les droits de propriété des Autochtones?
          [réponse par Dr Jim Harding]

E. RISQUES POUR LA SANTÉ DE L’EXTRACTION MINIÈRE DE L’URANIUM

E.1. Quels sont les risques pour la santé de l’extraction minière de l’uranium?
E.2. Depuis quand sait-on que le cancer du poumon peut être causé
          par l’exposition au rayonnement dans les mines d’uranium?
E.3. Comment avons-nous appris que la radioactivité pouvait causer le cancer du poumon?
E.4. Quelles sont les matières radioactives susceptibles de causer
          le cancer du poumon chez les travailleurs de mines?
E.5. Les travailleurs des mines d’uranium d’Amérique du Nord ont‑ils été
          plus nombreux que d’autres à souffrir d’un cancer du poumon?
E.6. Aujourd’hui, les taux de cancer du poumon chez les travailleurs de mines d’uranium
          sont-ils plus élevés qu’autrefois?
E.7. Les niveaux actuels d’exposition au rayonnement des travailleurs de mines
          sont-ils considérés comme étant sûrs?
E.8. Les dangers pour la santé peuvent-ils être limités en faisant travailler
          davantage de travailleurs sur de plus courtes périodes?

F. LES RÉSIDUS D’URANIUM

F.1. Qu’entend-on par résidus d’uranium?
F.2. Qu’est-ce que le thorium 230?
F.3. Qu’est-ce que le radium 226?
F.4. Qu’est-ce que le radon 222?
F.5. Quels sont les produits de filiation du radon?
F.6. Qu’est-ce que le polonium?

G. L’URANIUM ET L’ENVIRONNEMENT

G.1. Quels sont les risques les plus sérieux pour l’environnement
          attribuables à l’exploitation d’une mine d’uranium?
G.2. L’exploitation minière de l’uranium entraîne-t-elle la pollution des eaux?
G.3. Quels sont les dangers posés par les résidus d’uranium
          pour les humains, la faune et l’environnement?
G.4. Existe-t-il des moyens d’éviter ce type de contamination radioactive?
G.5. Pendant combien de temps les résidus seront-ils radioactifs?
G.6. Quans les risques associés aux résidus d’uranium pourront-ils être éliminés?
G.7. Les techniques scientifiques de pointe permettent-elles d’éliminer
          le rayonnement atomique émis par les résidus radioactifs?
G.8. Quels sont les effets à long terme de l’exploitation minière de l’uranium?
          [réponse par Dre Stella Swanson]

H. LA RÉGLEMENTATION DE LA GESTION DES RÉSIDUS

H.1. Qui a la responsabilité de réglementer la gestion des résidus d’uranium au Canada?
H.2. Quelles sont les exigences des règlements en vigueur?
H.3. Les règlements en vigueur sont-ils efficaces?
H.4. Les organismes de réglementation sont-ils indépendants de l’industrie?

J. LES EFFETS DU RAYONNEMENT SUR LA SANTÉ

J.1. Le corps humain peut-il se protéger contre les matières radioactives?
J.2. Comment le rayonnement peut-il causer le cancer?
J.3. Comment le rayonnement peut-il causer des défauts génétiques chez les enfants?
J.4. Comment a-t-on découvert que le rayonnement pouvait causer
          des dommages d’ordre génétique?
J.5. Comment le rayonnement peut-il affecter un enfant en gestation?
J.6. Existe-t-il une cure pour les victimes du rayonnement?
J.7. La radioactivité peut-elle être détectée par les sens?
J.8. L’exposition aux rayons X dans le cadre
          d’examens médicaux/dentaires est‑elle dangereuse?

K. RÉGLEMENTATION DE L’EXPOSITION AU RAYONNEMENT

K.1. Qu’entend-on par niveau « acceptable » d’exposition au rayonnement?
K.2. Qui a la responsabilité de la réglementation
          de l’exposition au rayonnement au Canada?
K.3. Quel est le fondement de l’établissement des normes relatives au rayonnement?
K.4. Qu’est-ce que le « rayonnement de fond »?
K.5. Le rayonnement de fond va-t-il en augmentant?
K.6. Le radon dans les habitations pose-t-il problème?
          Comment s’y introduit‑il?
K.7. Les normes canadiennes relatives à l’exposition au rayonnement
          sont‑elles plus rigoureuses qu’auparavant?

L. RÉFÉRENCES

L.1. L’extraction minière de l’uranium et l’environnement
L.2. L’industrie de l’uranium et la réglementation
L.3. Les résidus d’uranium
L.4. Contexte historique
L.5. Risques pour la santé de l’extraction minière de l’uranium
L.6. Risques pour la santé du rayonnement
L.7. L’uranium et les armes nucléaires
L.8. L’option nucléaire
L.9. Le plutonium et les déchets de haute activité
L.10. Solutions de rechange pour l’énergie nucléaire
L.11. L’uranium et l’intérêt public
L.12. L’extraction minière et les droits de propriété des Autochtones


DES REPONSES AUX QUESTIONS

A. L’URANIUM ET LA RADIOACTIVITÉ

A.1. Qu’est-ce que l’uranium?

L’uranium est le métal le plus lourd que l’on trouve dans la nature. Il s’agit d’un noyau instable qui perd des particules ou « se désintègre », tel qu’indiqué dans la section suivante. On dit de cette matière qu’elle est « radioactive ».

À mesure que l’uranium se désintègre, il émet un « rayonnement » dont la pénétration dépend de l’énergie des particules émises. Il produit également plus d’une dizaine d’autres substances radioactives comme sous‑produits.

Ces sous-produits instables, qui possèdent peu ou pas de valeur commerciale, sont appelés « produits de désintégration de l’uranium ». Ils sont mis de côté et considérés comme des déchets une fois que l’uranium a été extrait du sol. L’un d’eux est un gaz radiotoxique appelé radon. Les autres sont des matières solides radioactives.

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A.2. Qu’est-ce que la radioactivité?

La science nous enseigne que chaque chose est constituée de très petites particules appelées atomes. Celles-ci sont trop petites pour être vues, même à l’aide d’un microscope puissant. Lorsqu’une substance est radioactive, cela signifie que les atomes explosent (à l’échelle inframicroscopique) en émettant des particules avec force. Ce phénomène porte le nom de « désintégration radioactive ».

Durant la désintégration radioactive, deux types de particules porteuses d’une charge électrique sont émises, à grande vitesse. Ce sont les particules alpha et bêta. Certaines matières radioactives sont des émetteurs alpha, alors que d’autres sont des émetteurs bêta. En outre, il arrive souvent qu’un rayonnement hautement énergétique soit émis (rayons gamma). Les rayons gamma ne sont pas des particules, mais une forme d’énergie pure très semblable aux rayons X, qui se propage à la vitesse de la lumière.

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A.3. À quelle profondeur peut pénétrer le rayonnement?

Les rayons gamma traversent les tissus mous comme le fait la lumière à travers une fenêtre. Les particules bêta ont un pouvoir de pénétration moins élevé, et la distance à laquelle ils peuvent pénétrer dans un tissu mou est de moins de deux centimètres. Les particules alpha, quant à elles, ont un pouvoir de pénétration très faible, c’est-à-dire qu’elles ne pénètrent qu’à une profondeur de quelques micromètres dans un tissu mou, ce qui équivaut à quelque diamètres de cellule.

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A.4. La radioactivité est-elle dangereuse?

Les particules alpha, les particules bêta et les rayons gamma peuvent endommager gravement l’ADN des cellules vivantes et ce, de manière anarchique.

Les expositions importantes au rayonnement peuvent entraîner la mort en quelques jours ou             quelques semaines. Des doses plus faibles peuvent causer des brûlures, la perte des cheveux, des nausées, la stérilité et des changements importants dans le sang. Même les très faibles doses, trop petites pour causer des dommages visibles dans l’immédiat, peuvent entraîner un cancer ou une leucémie chez les personnes exposées, des anomalies congénitales chez leurs descendants (y compris des difformités physiques, des maladies et une déficience mentale), et possiblement des défauts génétiques dans les générations suivantes.

À l’extérieur du corps, les émetteurs de particules alpha sont ceux qui causent le moins de dommages, et les émetteurs gamma sont plus dangereux que les émetteurs bêta.

Cependant, à l’extérieur du corps, ce sont les émetteurs alpha qui sont les plus dangereux. Ils sont environ 20 fois plus dommageables que les émetteurs bêta ou gamma. Ainsi, même si le rayonnement alpha ne peut pas traverser une feuille de papier ou une couche de cellules mortes sur la peau, les émetteurs alpha sont extrêmement dangereux lorsqu’ils sont incorporés par inhalation ou par ingestion, ou qu’ils pénètrent dans le corps par une coupure ou une plaie ouverte.

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A.5. Comment un élément radioactif peut-il générer d’autres éléments radioactifs?

Lorsque les atomes subissent la désintégration radioactive, ils se transforment en de nouvelles substances, car ils ont perdu une partie des particules qui les composaient. Ces sous-produits de la désintégration radioactive sont appelés « produits de désintégration », ou « produits de filiation ». Dans de nombreux cas, les produits de désintégration sont également radioactifs. Si c’est le cas, ils se désintégreront à leur tour, produisant encore d’autres produits de désintégration en émettant des rayonnements.

Half-life = demi-vie = la période radioactive où la moitié des atoms se désintègrent

microsec* = microseconde*;     *Microsec :1/1,000,000 of a second = *Microseconde :1/1 000 000 de seconde;

millisec** = milliseconde**       **Millisec :1/1,000 of a second = **Milliseconde : 1/1 000 de seconde

second = seconde;             minute = minute;             3.0 minutes = 3,0 minutes;

hour = heure;                 day = jour;               3.8 days = 3,8 jours;               24.1 days = 24,1 jours;

week = semaine;             year = année;             1,600 years = 1 600 ans;

thousand years = millier d’années;             245,000 years (245 thousand years) = 245 000 ans (245 miller d'années);

million years = million d’années;           billion years = milliard d’années;           4.5 billion years = 4,5 milliards d’années;

Uranium = uranium;           Thorium = thorium;           Protactinium = protactinium;

Radium = radium;               Radon = radon;               Polonium = polonium;

Lead = plomb;                 Bismuth = bismuth;               stable = stable;

Le nombre qui suit le nom d’une substance donne une indication de son rang sur la liste des produits de désintégration. Lorsque le nombre diminue de quatre chiffres, c’est qu’une particule alpha a été émise. Lorsqu’il demeure identique, c’est qu’une particule bêta a été émise. La plupart du temps (mais pas toujours), un rayon gamma accompagne l’émission d’une particule alpha ou bêta.

Ainsi, l’uranium 238 se transforme en thorium 230 (en trois étapes), qui se désintègre ensuite pour donner du radium 226, qui devient ensuite du radon 222. Le nombre diminue, car l’atome perd des particules.

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B. L’URANIUM ET SES UTILISATIONS

B.1. Où trouve-t-on l’uranium?

On trouve de très petites quantités d’uranium presque partout. Cependant, les roches qui contiennent une forme concentrée d’uranium (le minerai) sont plus rares; il s’agit habituellement de roche dure ou de grès. Ces roches sont habituellement recouvertes de terre et de végétation. 

Au Canada (voir la carte ci-après), l’extraction minière de l’uranium se fait essentiellement dans les Territoires du Nord-Ouest (Grand lac de l’Ours et Rayrock), dans le nord de la Saskatchewan (Cluff Lake, Key Lake, Rabbit Lake, lac Wollaston et Uranium City), en Ontario (Elliot Lake et Bancroft) et à quelques autres endroits.

 

Uranium activities in Canada = activités d’extraction minière au Canada

Mine Operating = mine en exploitation

Mine Closed down = mine fermée

Mine Potential = mine potentielle

Refinery Operating =  raffinerie en exploitation

 

Des mines d’uranium sont également exploitées dans le sud-ouest des États-Unis, en Australie, dans certaines parties de l’Europe, en Russie, en Namibie, en Afrique du Sud, au Niger et ailleurs.

Dans les années 1970, des gisements d’uranium ont été découverts en Colombie‑Britannique, en Nouvelle‑Écosse et au Labrador, mais en raison de l’opposition des citoyens, les sociétés minières n’ont pas pu extraire le minerai dans ces régions. 

Au cours des quinze dernières années, la Saskatchewan est devenue la capitale mondiale de l’uranium. C’est en Saskatchewan que l’on a découvert le minerai à plus forte teneur en uranium.

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B.2. Comment le Canada en est-il venu à s’intéresser commercialement à l’uranium?

Avant 1939, on n’utilisait que très peu l’uranium. Les potiers allemands l’utilisaient pour fabriquer une glaçure rougeâtre, et il faisait l’objet d’études par des scientifiques en raison de ses propriétés radioactives. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des scientifiques se sont rendus compte que l’on pouvait produire des bombes extrêmement puissantes en « divisant » les atomes d’uranium grâce à la fission nucléaire, qui est décrite à la section C.

Lorsque les États-Unis ont eu besoin d’uranium pour construire la première bombe atomique, le Canada a déboursé des sommes importantes afin de rouvrir une mine de radium de propriété privée située dans les Territoires du Nord‑Ouest et d’en exploiter le minerai d’uranium. Le Canada a secrètement acheté des actions de la société Eldorado Mining and Refining, et l’a transformée en société de la Couronne : Eldorado Nucléaire Limitée.

À la raffinerie d’Eldorado située à Port Hope (Ontario), de l’uranium provenant des T. N.‑O. et du Congo a été concentré pour l’armée américaine qui l’a utilisé pour produire les premières bombes atomiques au monde. Ces bombes ont complètement détruit deux villes japonaises à la fin de la guerre en 1945.

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B.3. Quel est le rôle de l’uranium dans les bombes atomiques?

L’explosif contenue dans la bombe d’Hiroshima était de l’uranium sous une forme que l’on trouve seulement en très faible concentration dans chaque échantillon d’uranium. La bombe de Nagasaki était constituée d’une matière nucléaire explosive différente, appelée plutonium. Mais le plutonium – explosif nucléaire le plus couramment utilisé de nos jours – est obtenu à partir de l’uranium. En fait, sans uranium, aucune arme nucléaire comme celles que l’on connaît actuellement ne pourrait être fabriquée.

Pendant les vingt années qui ont suivi les premières explosions atomiques, l’uranium canadien était vendu pour fabriquer d’autres bombes atomique, ainsi que des bombes à hydrogène, qui sont encore plus puissantes (mais qui nécessitent tout de même de l’uranium ou du plutonium comme « amorce »). En 1959, l’uranium venait au quatrième rang des exportations canadiennes les plus importantes, après le papier journal, le bois de sciage et le blé. À ce moment‑là, il était vendu uniquement à des fins militaires.

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B.4. Quel est le rôle de l’uranium dans les réacteurs nucléaires qui produisent de l’électricité?

Dans les années 1960, la fission nucléaire a commencé à être utilisée en vue de produire de l’électricité dans des machines spéciales appelées réacteurs nucléaires. Les réacteurs utilisent l’uranium comme combustible pour faire bouillir l’eau. La vapeur produite active des turbines qui permettent de produire de l’électricité. Il existe actuellement vingt centrales nucléaires au Canada, et il en existe des centaines d’autres dans le monde. Dix‑huit centrales nucléaires sont exploitées en Ontario. On en compte également une au Québec et une autre au Nouveau‑Brunswick.

Depuis l’incident de Three Mile Island en 1979, et en particulier depuis l’accident de Tchernobyl en 1986, presque aucun réacteur nucléaire n’a été vendu. Cependant, en 1990 Ontario Hydro a annoncé qu’elle  voulait en construire une dizaine d’autres.

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B.5. Quelles sont les autres utilisations des réacteurs nucléaires?

Les réacteurs nucléaires qui utilisent l’uranium comme combustible peuvent servir également à produire des substances radioactives artificielles appelées « radioisotopes » utilisés dans l’industrie, en recherche scientifique et en médecine. Ces isotopes radioactifs peuvent également être fabriqués dans des appareils spéciaux appelés « accélérateurs », qui ne nécessitent pas d’uranium.

Les réacteurs nucléaires peuvent également servir à propulser des sous‑marins nucléaires. En outre, certains réacteurs militaires spéciaux sont utilisés pour produire la plupart des matières explosives nucléaires utilisées dans les armes nucléaires.

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B.6. Les utilisations pacifiques et militaires de l’uranium sont‑elles incompatibles?

Les réacteurs nucléaires alimentés à l’uranium génèrent du plutonium comme sous‑produit. Si ce plutonium est chimiquement séparé des autres déchets radioactifs dans le combustible irradié, il peut être utilisé comme matière nucléaire explosive. Ainsi, la répartition de la production d’énergie nucléaire dans de plus en plus de pays ouvre la porte à la production d’armes nucléaires à un certain moment dans le futur.

En 1974, l’Inde a fait exploser une bombe qui contenait du plutonium produit dans un réacteur qui avait été donné au gouvernement indien par le gouvernement canadien. Il ne s’agissait pas d’un réacteur qui produisait de l’électricité, mais d’un réacteur de plus petite taille appelé « réacteur de recherche ».

Le Canada a également donné ou vendu des réacteurs à Taiwan, au Pakistan, à la Corée du Sud, à l’Argentine et à la Roumanie. Plusieurs régimes dans ces pays clients ont montré de l’intérêt pour le développement d’armes nucléaires, ou pour le partage de leur technologie nucléaire avec d’autres pays ayant des ambitions sur le plan militaire (p. ex. l’Iraq et la Libye).

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B.7. Le Canada a-t-il déjà produit du plutonium destiné à la fabrication de bombes?

Durant la Deuxième Guerre mondiale, des scientifiques européens ont travaillé dans un laboratoire très secret de Montréal, payé par le Canada, afin de découvrir la méthode la plus efficace pour produire du plutonium destiné à la bombe atomique. Cela comportait l’utilisation d’une matière particulière appelée « eau lourde ».

En 1944, une décision militaire a été prise à Washington D.C. en vue de construire un ou plusieurs « réacteurs à eau lourde » à Chalk River (Ontario), afin de vérifier les résultats obtenus au laboratoire de Montréal. Lorsque les réacteurs canadiens ont été mis en service après la fin de la guerre, ils se sont avérés être les meilleurs réacteurs producteurs de plutonium au monde. Le réacteur qui a été donné à l’Inde est du même type. 

Pour aider à défrayer les coûts de son programme de recherche nucléaire, le gouvernement du Canada a vendu du plutonium produit dans les réacteurs de Chalk River à la défense américaine, et celle-ci l’a utilisé pour fabriquer des bombes pendant plus de vingt ans. Le plutonium de Chalk River a été envoyé au Royaume-Uni pour aider les Britanniques à mettre au point leur première bombe atomique. Les Britanniques ont également appris comment séparer le plutonium en vue de l’utiliser à des fins militaires en construisant une usine de séparation à Chalk River, en collaboration avec des scientifiques canadiens. Des scientifiques français qui oeuvraient au laboratoire de Montréal ont également appris des leçons valables qui les ont aidés à mettre au point les premières armes nucléaires françaises.

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B.8. Le Canada continue-t-il à vendre de l’uranium et du plutonium destiné à la fabrication de bombes?

Depuis 1965, le Canada a une politique de vente d’uranium à des fins pacifiques seulement – c’est‑à‑dire comme combustible dans des réacteurs nucléaires. Tout pays qui achète de l’uranium canadien ou un réacteur nucléaire canadien doit s’engager à ne pas les utiliser (ou à ne pas utiliser les sous‑produits, comme le plutonium) pour fabriquer des bombes. Cette politique est assortie du Traité sur la non‑prolifération des armes nucléaires (TNP). Cependant, comme l’indique l’expérience indienne, la politique ne peut pas être mise en application : lorsqu’un pays choisit de fabriquer des bombes, le Canada ne peut rien faire pour l’en empêcher.

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B.9. L’uranium canadien entre-t-il encore dans la fabrication de bombes nucléaires?

Plus de 85 pour cent de l’uranium canadien est exporté. Dans la plupart des cas, avant d’être envoyé à ses clients de l’étranger, il doit d’abord être traité dans une usine d’enrichissement, habituellement aux États-Unis ou en Russie. Pour sept livres d’uranium qui entrent dans l’usine d’enrichissement, on obtient moins de une livre de produit fini : ce produit fini est le combustible destiné au réacteur. Les six autres livres ont rejetées comme déchet et n’ont pas d’usage civil important.

Une partie de cet uranium mis de côté, appelé « uranium appauvri », a été régulièrement utilisé par la défense américaine dans la construction d’armes nucléaires. En fait, c’est la matière brute à partir de laquelle le plutonium de qualité militaire est produit dans des réacteurs militaires spéciaux.

conteneurs d’uranium appauvri                   « mires » faites à partir d’uranium appauvri

Les résidus de l’enrichissement de l’uranium 
seront utilisés pour produire du plutonium
entrant dans la fabrication de bombes

photos de Robert Del Tredici


L’uranium appauvri entre également dans la fabrication de composants métalliques faisant partie de la bombe elle-même, ce qui double par conséquent la puissance de chaque tête explosive. La défense américaine ne fait pas de distinction entre l’uranium d’origine canadienne et l’uranium qui vient d’ailleurs.

Lorsque l’uranium canadien a été enrichi en Union soviétique, le Canada n'a pas permis que l’Union soviétique conserve l’uranium appauvri à l’intérieur de ses frontières à cause du potentiel militaire qu’il représente. 

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B.10. Existe-t-il d’autres utilisations de l’uranium?

Il existe d’autres utilisations de l’uranium, mais elles sont moins importantes. Certaines munitions sont revêtues d’uranium, ce qui leur permet de pénétrer plus profondément dans les corps lourdement blindés. De l’uranium appauvri est utilisé comme armure sur certains chars d’assaut, ce qui les rend plus résistants. L’uranium est également utilisé comme contrepoids dans certains avions et dans les missiles Cruise testés dans le nord du Canada.

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C. L’URANIUM ET LA FISSION NUCLÉAIRE

C.1. Qu’est-ce que la fission nucléaire?

La fission nucléaire a été découverte par des scientifiques allemands en 1939. Ils ont découvert que certains atomes d’uranium pouvaient se scinder (ou se « diviser ») en deux ou trois fragments lorsqu’ils étaient bombardés par de petits projectiles appelés « neutrons ».

Lorsque la fission se produit, une grande quantité d’énergie est libérée et d’autres neutrons sont émis avec force. Ces neutrons additionnels frappent d’autres noyaux d’uranium qui se divisent sous l’impact, et encore plus d’énergie et de neutrons sont libérés. C’est ainsi qu’une seule fission peut être à l’origine d’une « réaction en chaîne ».

Le phénomène de fission fait de l’uranium un explosif qui présente de l’intérêt dans une arme nucléaire, ou comme combustible dans un réacteur nucléaire. Dans une bombe atomique, la fission survient de manière non contrôlée, ce qui cause une gigantesque explosion. Dans une centrale nucléaire, le processus de fission est minutieusement contrôlé, en vue de produire de l’électricité de manière continue. Contrairement à la désintégration radioactive, le processus de fission peut être amorcé ou arrêté, accéléré ou ralenti, grâce à des matières spéciales qui absorbent les neutrons.

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C.2. Que sont les produits de fission?

Tous les fragments d’atomes d’uranium issus de la fission sont des atomes d’éléments radioactifs appelés « produits de fission ». Ce ne sont pas des produits de la désintégration de l’uranium dont nous avons parlé précédemment; ce sont plutôt de nouveaux éléments radioactifs que l’on ne trouve pas à l’état naturel.

Il existe des dizaines de produits de fission différents, y compris le strontium 90, le césium 137 et l’iode 131. Ceux‑ci sont plus légers que l’uranium, car les atomes qui les composent sont beaucoup plus petits que les atomes d’uranium. Ils émettent un rayonnement bêta ou gamma, mais pas de particules alpha.

Avant la première explosion de bombe atomique, il n’y avait jamais eu de produits de fission dans l’alimentation humaine, l’air ou l’eau. Aujourd’hui, ces produits sont présents sur toute la surface de la terre, en petites quantités. Chacun d’eux se comporte différemment dans le corps. Ils sont tous dangereux.

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C.3. Qu’est-ce que le strontium 90? Le césium 137?

Le strontium 90 et le césium 137 sont les deux produits de fission les plus dangereux produits dans un réacteur ou libérés suite à une explosion nucléaire. 

Le strontium 90 se comporte sensiblement comme le calcium et se fixe ainsi sur les os et les dents lorsque l’on consomme des aliments ou des boissons contaminés (comme le lait). Le rayonnement émis par le strontium 90 perturbe la moelle osseuse et le sang, ce qui rend la personne plus vulnérable aux maladies infectieuses. Il peut également causer des maladies graves du sang et des os, y compris des cancers.

Le césium 137 se fixe dans la chair des poissons et des animaux. Si les niveaux de contamination dépassent un certain seuil, alors la viande est impropre à la consommation humaine. Le césium 137 se fixe également sur le sol et sur les bâtiments. Si les niveaux de contamination dépassent un certain seuil dans les terres agricoles, les plantes en cours de croissance pourraient ne pas pouvoir être récoltées, et dans certains cas des régions entières pourraient devenir inhabitables. C’est pourquoi de nombreux villages près de Tchernobyl ont dû être abandonnés. C’est également la raison pour laquelle les Lapons ont dû cesser de consommer de la viande de renne.

Dans l’Arctique canadien, on trouve davantage de strontium 90 et de césium 137 dans le corps des caribous que dans celui d’autres animaux d’Amérique du Nord, car les caribous se nourrissent de lichen qui capte les matières radioactives directement dans l’air. Le césium 137 se concentre également dans la chair des poissons. Les Inuits du Canada, qui se nourrissent de viande et de poissons, possèdent des niveaux de radioactivité incorporée issue des retombées radioactives qui sont plus importants que chez les autres personnes vivant en Amérique du Nord. Ces niveaux diminuent graduellement depuis les années 1960, depuis que les gouvernements ont cessé de faire des essais de bombes nucléaires dans l’atmosphère. Cependant, l’accident de Tchernobyl a entraîné une légère augmentation des cas.

Une fois qu’ils sont répartis dans l’environnement, le strontium 90 et le césium 137 demeurent dangereux pendant des décennies. Une partie pour mille subsiste encore après 300 ans.

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C.4. Qu’entend-on par « retombées radioactives des armes nucléaires »?

Lorsqu’une bombe atomique explose dans l’atmosphère, les produits de fission se dispersent dans l’environnement. Ils contaminent l’air, l’eau et le sol, ainsi que les plantes et les animaux. Certains d’entre eux se fixent sur des particules de poussières et des gouttelettes d’eau et retombent sous forme de pluie ou de neige. Certains se retrouvent dans la stratosphère; ils redescendent très lentement pendant de nombreuses années par la suite, sur l’ensemble du globe, et l’on parle alors de « retombées » radioactives.

Si l’explosion de la bombe a lieu au niveau du sol, de grandes quantités de terre sont déplacées. Une bonne partie de ces matériaux, à l’origine non radioactifs, le deviennent à cette occasion car ils absorbent le rayonnement neutronique ambiant issu du processus de fission. Ces nouvelles substances radioactives, créées suite à l’absorption de neutrons, ne sont pas des produits de fission : ce sont des « produits d’activation ». Ils peuvent contribuer fortement aux retombées suite à une explosion atomique.

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C.5. Que sont les « déchets radioactifs de haute activité »?

Les réacteurs nucléaires produisent de grande quantités de produits de fission. Ceux-ci ne se dispersent pas habituellement dans l’environnement, sauf dans le cas d’un accident comme celui qui s’est produit à Three Mile Island en 1979, ou pire, comme l’accident catastrophique de Tchernobyl survenu en 1986.

Moins de quatre pour cent des produits de fission qui étaient contenus à l’intérieur du réacteur de Tchernobyl s’en sont échappés – cependant, les retombées radioactives ont eu des répercussion partout dans le monde. Quatre ans après l’accident, en 1990, des rennes en Scandinavie et des moutons au pays de Galles étaient encore jugés impropres à la consommation humaine à cause du fait qu’ils étaient contaminés par du césium 137 libéré lors de l’accident de Tchernobyl.


Carcasses de rennes de Laponie (Suède)
ayant été contaminés par des retombées radioactives
suite à l’accident nucléaire de Tchernobyl –
ils sont impropres à la consommation humaine.

photo de Robert Del Tredici


S’il n’y a pas d’accident ni de fuites, les produits de fission demeureront à l’intérieur du combustible d’uranium irradié. Même de cette façon, le rayonnement gamma émis est si intense qu’une personne se trouvant à une distance de un mètre environ d’une grappe de combustible irradié non blindée sortant du réacteur recevrait une dose mortelle de rayonnement en moins d’une minute. 

Le combustible nucléaire irradié est trop fortement radioactif pour être manipulé par l’homme; il faut le déplacer à l’aide d’équipement robotique. Le combustible est expédié dans des châteaux de transport spéciaux pesant plus de 50 tonnes fixés à l’aide de chaînes à des camions à plateforme ou dans des wagons de train. Ces « déchets hautement radioactifs » demeurent inapprochables pendant des siècles (en raison du rayonnement gamma émis par les produits de fission) et leur toxicité demeure élevée pendant des centaines de milliers d’années (à cause du rayonnement alpha émis par le plutonium et les autres éléments transuraniens).

Cela prendrait deux fois la quantité d’eau contenue dans tous les lacs et toutes les rivières du globe pour éliminer le combustible nucléaire irradié dont on dispose actuellement d’ici l’an 2000 au niveau maximal admissible de pollution radioactive. Par conséquent, les matériaux doivent être stockés de manière sûre dans des systèmes de confinement pratiquement parfaits. Cependant, il n’existe pas encore de méthode sûre pour l’évacuation permanente des déchets radioactifs de haute activité.

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C.6. Comment le plutonium et les autres éléments transuraniens sont‑ils produits?

Même si le plutonium est un sous-produit indirect du processus de fission, ce n’est pas un produit de fission. À l’intérieur du réacteur, certains atomes d’uranium contenus dans le combustible se « transforment » graduellement en atomes de plutonium lorsqu’ils absorbent des neutrons sans se scinder en fragments.

quand une atome d’uranium-238
est frappé par une neutron
il devient une atome d'uranium-239 ,
qui se désintègre en émettant une particule béta
se transformant dans une atome de neptunium-239;
celui-ci se désintègre en émettant une autre particule béta
se transformant finalement dans une atome de plutonium-239.

 

 

Comme il est plus lourd que l’uranium, le plutonium, qui est un radio‑élément artificiel, est appelé élément « transuranien ».

La capture de neutrons additionnels donne lieu à d’autres éléments transuraniens, comme le neptunium, l’américium, le curium et le californium. La plupart d’entre eux, y compris le plutonium, continueront d’émettre un rayonnement alpha pendant des siècles, ou même des millénaires.

Le plutonium est l’une des substances artificielles les plus toxiques qui soient. Quelques milligrammes de poussière de plutonium inhalés, bien qu’ils soient invisibles à l’œil nu, entraîneront la mort en très peu de temps suite à une fibrose massive des poumons. Quelques microgrammes (mille fois moins!) pourraient causer un cancer du poumon dix ou vingt ans après l’exposition.

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C.7. À quoi sert le plutonium?

Le plutonium, comme l’uranium, peut subir la fission nucléaire. C’est pourquoi on l’utilise comme explosif nucléaire ou comme combustible dans un réacteur nucléaire.

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, la bombe de Nagasaki contenait du plutonium. Pour des raison techniques, il est plus facile d’utiliser du plutonium plutôt que de l’uranium comme explosif nucléaire. En fait, la plupart des têtes explosives de l’arsenal nucléaire mondial utilisent du plutonium comme explosif primaire.

Le plutonium peut également être utilisé comme combustible dans un réacteur nucléaire. Une partie de l’énergie électrique produite dans une centrale nucléaire vient de la fragmentation des atomes de plutonium, mais il subsiste une quantité importante de plutonium non utilisé dans le combustible nucléaire irradié. Si la production d’énergie nucléaire devient une source d’énergie importante dans le futur, le plutonium sera certainement utilisé plutôt que l’uranium comme combustible nucléaire, parce que les réserves d’uranium ne devraient pas dépasser les réserves de pétrole. Toutefois, pour extraire le plutonium du combustible irradié, il faut d’abord dissoudre le combustible dans de l’acide nitrique en ébullition, ce qui libère des vapeurs et des gaz radioactifs, générant ainsi des millions de gallons de déchets liquides hautement radioactifs.

On a beaucoup parlé des dangers que présente l’utilisation du plutonium comme combustible, en partie à cause de sa toxicité hors du commun, mais aussi à cause des dangers inhérents au procédé d’extraction du plutonium à partir du combustible irradié, et à cause de la menace nucléaire. Les criminels et les terroristes, ainsi que les chefs d’État irresponsables pourraient utiliser le plutonium en vue de fabriquer des armes nucléaires puissantes relativement aisément.

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D. L’URANIUM ET L’INTÉRÊT PUBLIC

D.1. La production d’énergie électrique d’origine nucléaire est‑elle inévitable? Est-ce seulement une question de temps?

Les promoteurs du nucléaire disent que les seules solutions de remplacement pour les réserves de pétrole qui diminuent rapidement sont le charbon et l’uranium. Comme le charbon n’est pas considéré comme étant un combustible « propre », on dit que l’énergie nucléaire demeure la meilleure option. Mais certains sont en désaccord et estiment que les centrales nucléaires ne peuvent pas remplacer le pétrole parce qu’il est long et coûteux de les construire. De plus, les centrales nucléaires ne fournissent que de l’électricité, alors que 85 pour cent de nos besoins en énergie ne sont pas liés à l’énergie électrique.

De nombreuses études réalisées à travers le monde – dont le rapport de la coalition Energy Future (issu du rapport du groupe d’étude sur les économies d’énergie de la Harvard Business School) et le rapport intitulé 2025: Soft Energy Futures for Canada présument que nous pouvons vivre facilement sans utiliser davantage d’énergie nucléaire, de pétrole ou de charbon, en investissant dans l’efficacité énergétique, la conservation de l’énergie et les formes d’énergie renouvelable. Selon ces études, nos besoins devraient pouvoir être entièrement comblés grâce à des technologies le chauffage à l’énergie solaire, les biocombustibles renouvelables (méthane, alcool combustible), l’électricité solaire, l’énergie éolienne, l’énergie géothermique, l’énergie thermique des océans, l’énergie marémotrice, etc.


Cette figure est tirée d’un ouvrage d’Amory Lovins intitulé Soft Energy Paths, qui met en opposition deux politiques énergétiques radicalement différentes – les stratégies concurrentes sont essentiellement destinées à répondre aux mêmes types de besoins en énergie, dans les domaines suivants : chauffage, éclairage, transports, puissance de commande, télécommunications, etc.

 

An illustrative, Schematic Future for U.S Gross Primary Energy Use
= Schéma de la consommation d’énergie primaire à l’état brut aux États-Unis

QUADS means QUADRILLION (1015) BTUs PER YEAR* = QUAD. indique QUADRILLION (1015)  DE BTU PAR ANNÉE*

*OR QUINTILLION (1018) JOULES PER YEAR = *OU QUINTILLION (1018) DE JOULES PAR ANNÉE

THE HARD PATH = LA VOIE DURE;       THE SOFT PATH = LA VOIE DOUCE;

OIL AND GAS = PÉTROLE ET GAZ

COAL = CHARBON

NUCLEAR = NUCLÉAIRE

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D.2. Les solutions de rechange de l’énergie nucléaire sont‑elles réalisables?

Grâce aux améliorations sur le plan de l’efficacité énergétique seulement, dont il est fait mention dans ces études, nous pouvons tirer davantage d’énergie que ce qui est produit actuellement par les centrales nucléaires. De plus, le coût de ces mesures d’efficacité est moins élevé que celui de l’énergie nucléaire produite par les centrales nucléaires, et elles créent davantage d’emplois. Elles permettent de réduire les émissions acides et les émissions de gaz à effet de serre plus rapidement que ne pourrait le faire le recours au nucléaire. Elles permettent de répondre aux mêmes besoins énergétiques (chauffage, éclairage, transport) tout en utilisant beaucoup moins d’énergie. L’énergie ainsi « économisée » peut alors être utilisée à d’autres fins. 

Selon ces études, une fois que la demande a été ajustée grâce à l’efficacité (en faire plus avec moins) et à la conservation (élimination des utilisations inutiles), les sources d’énergie renouvelable peuvent satisfaire à presque tous nos besoins réduits en énergie. De façon générale, les technologies d’énergie renouvelables sont considérées à tort comme étant plus coûteuses que l’énergie nucléaire, bien qu’elles soient plus rapides à obtenir, plus propres, plus facilement durables et qu’elles créent davantage d’emplois. Il existe également des technologies au charbon plus propres qui peuvent être utilisées durant la période de transition relativement courte qui nous mènera à une société utilisant des technologies durables alimentées grâce à des formes d’énergie renouvelables.

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D.3. L’uranium et l’énergie nucléaire sont-ils acceptés au Canada? Dans le monde?

La population canadienne et la population mondiale sont divisées en ce qui a trait aux mérites de l’uranium et de la technologie nucléaire. La plupart des Canadiens et des Américains s’opposent au nucléaire en raison du problème non résolu de la gestion des déchets et de son lien avec les armes nucléaires. 

Depuis l’accident de Three Mile Island en 1979, aucun réacteur nucléaire n’avait été vendu dans toute l’Amérique du Nord en septembre 1990. Depuis l’accident de Tchernobyl en 1986, des millions d’Européens et de citoyens soviétiques se sont ligués contre la production d’énergie nucléaire. La Suède, l’Autriche, l’Italie et les Philippines comptent parmi les pays qui ont décidé d’éliminer progressivement la production d’énergie nucléaire.

Lorsque Margaret Thatcher a privatisé l’électricité britannique en 1989, elle a été incapable de persuader les investisseurs privés de industrie d’acheter les centrales nucléaires. Les acheteurs ont hésité lorsqu’ils ont appris combien coûterait l’évacuation des déchets radioactifs et le démantèlement des structures radioactives une fois que les réacteurs auront atteint la fin de leur vie utile.

Contrairement aux autres pays, la France élargit son programme nucléaire – mais les Français refusent de séparer leur programme nucléaire civil de leur programme d’armes nucléaires.

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D.4. Dans quelle mesure le Canada a-t-il investi dans l’uranium et l’énergie nucléaire?

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Canada a dépensé davantage sur son programme d’armes nucléaires que dans toutes les autres sphères de la R-D scientifique. Après la guerre, Ottawa a décidé d’explorer d’autres possibilités de la technologie nucléaire dans le domaine civil. Selon une étude préparée pour le Conseil économique du Canada, près de 18 milliards de dollars (en dollars de 1990) ont été dépensés pour le développement de l’option de la production d’énergie nucléaire.

Les subventions fédérales continuent d’être aussi importantes à l’heure actuelle. Le financement de la recherche a toujours été plus important pour l’énergie nucléaire que pour toutes les autres options énergétiques combinées (pétrole, gaz, hydro-électricité, conservation de l’énergie, formes d’énergie renouvelables), même si l’énergie nucléaire ne représente que 3,3 pour cent de l’énergie produite au Canada.

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D.5. Dans quelle mesure le Canada est-il intervenu sur le marché de l’uranium?

Le gouvernement fédéral a eu le monopole de l’extraction minière, de la concentration et du raffinage de l’uranium jusqu’au milieu des années 1950; par la suite, les entreprises privées ont eu l’autorisation d’investir. Dans les années 1960, lorsque les contrats militaires ont pris fin, le premier ministre Lester Pearson (député de Elliot Lake) a commencé à accumuler des stocks d’uranium, aux dépens des contribuables, afin d’éviter que les deux mines de propriété privée d’Elliot Lake ne fassent pas faillite. En 1965, Pearson a promis en Chambre que, dorénavant, l’uranium canadien serait vendu à des fins pacifiques seulement.

Au début des années 1970, le cabinet Trudeau a participé à l’établissement d’un cartel de fixation des prix de l’uranium en collaboration avec l’Afrique du Sud, l’Australie, la France et le conglomérat d’extraction minière britannique Rio Tinto Zinc. Le cartel a utilisé des quotas secrets et des invitations à soumissionner fictives pour faire monter les prix mondiaux en violation apparente des lois canadiennes et internationales. Lorsque les prix ont monté en flèche, le Canada a financé un programme de reconnaissance de l’uranium ambitieux visant à aider les sociétés minières à localiser et à exploiter des réserves récupérables sur le plan économique. Dans l’intervalle, Ottawa a continué à posséder et à exploiter la plus grande raffinerie d’uranium au monde (située à Port Hope), par le biais d’Eldorado Nuclear Limitée.

Les opposants à l’industrie du nucléaire soutiennent que le public canadien aurait été mieux servi si les recettes fiscales et la volonté politique qui étaient consacrées à la production d’énergie nucléaire et à l’uranium avaient été plutôt consacrées à des technologies énergétiques.

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D.6. Quel est le statut actuel du Canada sur le marché international de l’uranium?

Le Canada a été le premier pays à procéder à l’extraction du minerai d’uranium et au raffinage à grande échelle, et il demeure le chef de file mondial incontesté sur le plan des exportations d’uranium.

Pendant environ 25 ans, à partir du milieu des années 1950, les États-Unis étaient les premiers producteurs mondiaux d’uranium, alors que le Canada demeurait le chef de file au niveau des exportations. Au cours des années 1980, le Canada est devenu le plus grand producteur au monde, principalement en raison de la présence de gisements d’uranium à très forte teneur sur son territoire, en particulier dans le nord de la Saskatchewan. Ce minerai coûte beaucoup moins cher à extraire que le minerai classique.

Le prix de l’uranium est en chute libre depuis la fin des années 1970, quelques années après la dissolution du cartel de fixation des prix de l’uranium. En fait, en 1990, le prix de l’uranium a descendu à un niveau jamais vu auparavant. Les producteurs d’uranium aux États-Unis et ailleurs dans le monde, y compris à Elliot Lake, ont été forcés de fermer les mines, car ils n’étaient plus en mesure de concurrencer le bas prix de l’uranium extrait en Saskatchewan.

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D.7. Pourquoi est-ce que l’extraction minière de l’uranium est en expansion au Canada?

On ne sait pas exactement pourquoi les activités d’extraction minière de l’uranium au Canada connaissent une progression, alors que le prix de l’uranium est bas et que le marché est au ralenti. Les investisseurs dans les ressources canadiennes d’uranium sont pour la plupart des entreprises de l’étranger qui sont intéressées à accumuler des stocks d’uranium canadien obtenu à bon prix. En attendant, aucune somme n’est mise de côté dans le but de réparer les dommages graves ayant été causés à l’environnement à cause des activités d’extraction minière de l’uranium réalisées antérieurement, ou dans le but d’évacuer les centaines de millions de tonnes de déchets radioactifs produits par les mines d’uranium abandonnées et par les usines de concentration.

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D.8. Y a-t-il des conséquences sur les droits de propriété des Autochtones? [Dr Jim Harding]

Les mines d’uranium au Canada sont, pour la plupart, situées dans des régions traditionnellement occupées par les peuples autochtones, sur des terres qu’ils continuent de revendiquer. Même lorsqu’il existe des traités (en Ontario et en Saskatchewan), les communautés autochtones croient qu’elles ont pleinement le droit de s’opposer ou non aux activités d’extraction minière et, à tout le moins, elles estiment pouvoir être dédommagées en recevant une compensation (comme un partage des recettes) dans les cas où l’extraction minière aurait lieu. Au Canada, il n’existe aucune disposition légale en ce qui a trait à de telles compensations.

Les Inuits de la région de Keewatin dans la partie est de l’Arctique (région ne faisant pas l’objet de traités) estiment que la prospection d’uranium sur des terres où ils ont chassé le caribou pendant plusieurs centaines d’années contrevient à leurs droits. Malgré une décision judiciaire d’une cour fédérale en 1979 qui présumait la légalité de l’exploration d’uranium dans la région, la communauté autochtone a rejeté l’argument du gouvernement fédéral voulant que les Inuits n’avaient aucun droit ancestral relativement aux activités se déroulant dans cette région. Des jugements ultérieurs (notamment la décision Sparrow en 1990, qui est une décision de la Cour suprême du Canada) ont reconnu les droits ancestraux des peuples autochtones du Canada.

Dans différentes conventions internationales, les droits de propriété des collectivités autochtones concernant des terres qu’ils occupent sont explicitement reconnus. Les sociétés d’extraction minière d’uranium basées à l’étranger qui exploitent des mines au Canada en vertu d’un permis octroyé par le gouvernement du Canada font souvent une entaille à ces droits de propriété sur des terres visées ou non par des traités, parfois avec l’approbation de leurs gouvernements. Le gouvernement allemand, par exemple, a refusé de ratifier une convention de ce genre parce qu’il n’existait aucun peuple autochtone, tel que défini dans ladite convention, qui vivait dans la République fédérale allemande.

La reconnaissance des droits des Autochtones qui vivent dans le nord de la Saskatchewan (endroit où se trouvent les plus grandes mines d’uranium au monde) a été assurée par des demandes d’information publiques sur l’extraction minière de l’uranium dans la province pendant les années 1970. Néanmoins, la commission d’enquête de Cluff Lake a recommandé la création de la Northern Development Board pour assurer aux peuples autochtones un meilleur contrôle sur l’extraction minière de l’uranium dans le nord de la Saskatchewan. La recommandation n’a pas été mise en œuvre.

Selon au moins un expert juridique (Bartlett), « La poursuite des activités de prospection d’uranium représente une abnégation non justifiée des droits de propriété des Autochtones, sans aucune compensation. ».

L’examen, par le BFEEE (Bureau fédéral d’examen des évaluations environnementales) de la mine d’uranium Kiggavik proposée située près de Baker Lake (T. N.‑O) ne tient pas compte non plus des droits des Autochtones. La mine Kiggavik est proposée par Urangesellschaft, une société minière d’extraction d’uranium dont le siège social est en Allemagne.

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E. RISQUES POUR LA SANTÉ DE L’EXTRACTION MINIÈRE DE L’URANIUM

E.1. Quels sont les risques pour la santé de l’extraction minière de l’uranium?

L’extraction minière de l’uranium est une activité dangereuse. En plus de risques habituels associés à l’extraction minière, les travailleurs des mines d’uranium partout dans le monde sont exposés au rayonnement, et l’incidence du cancer du poumon et d’autres maladies pulmonaires chez ces travailleurs est beaucoup plus élevée. Plusieurs études démontrent également une incidence plus élevée des cancers de la peau et de l’estomac, et des maladies rénales parmi les travailleurs des mines d’uranium.

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E.2. Depuis quand sait-on que le cancer du poumon peut être causé par l’exposition au rayonnement dans les mines d’uranium?

Pendant près de quatre siècles, depuis 1546, on a signalé de nombreux cas de travailleurs de mine souterraines à Schneeburg (Allemagne) qui mouraient des suites de maladies pulmonaires mystérieuses. En 1879, on a démontré que près des trois quarts d’entre eux étaient décédés de cancer du poumon, et de nombreux autres de diverses maladies pulmonaires.

Avant 1930, les mêmes statistiques étaient rapportées pour les travailleurs de la mine de Joachimsthal (Tchécoslovaquie) sur l’autre versant de la même chaîne de montagne. Plus de la moitié d’entre eux sont décédés d’un cancer du poumon. Parmi les populations qui ne comptaient pas de travailleurs de mine à la fois du côté allemand et du côté tchèque de la chaîne de montagne, le cancer du poumon était pratiquement inexistant. 

La teneur en uranium du minerai en question était particulièrement élevée. Les travailleurs qui ont extrait d’autres types de minerai n’ont pas connu d’aussi nombreux cas de cancer du poumon que les travailleurs des mines d’uranium.

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E.3. Comment avons-nous appris que la radioactivité pouvait causer le cancer du poumon?

En 1897, on a appris que le minerai d’uranium était radioactif. Avant 1900, on avait découvert que des dommages graves peuvent être causés à la peau par suite d’un contact prolongé avec certains produits de désintégration radioactifs de l’uranium. Avant 1920, il était déjà clairement établi que l’exposition chronique au rayonnement, même si elle ne causait pas de dommages visibles à la peau ou à d’autres tissus corporels, pouvait entraîner un cancer ou une leucémie, plusieurs années après l’exposition, à la fois chez l’humain et chez les animaux. 

Dans les années 1930, les scientifiques étaient convaincus que les nombreux cas de cancer du poumon qui avaient été signalés chez les travailleurs de mine allemands et tchèques avaient été causés par le fait que ces hommes inhalaient des matières radioactives en suspension dans l’air des mines souterraines. Quelques décennies plus tard, on pouvait constater que les survivants des bombes atomiques au Japon présentaient des taux de cancer du poumon beaucoup plus élevés que d’autres groupes de la population.

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E.4. Quelles sont les matières radioactives susceptibles de causer le cancer du poumon chez les travailleurs de mines?

Avant la Deuxième Guerre mondiale, on savait déjà que c’était le radon (qui se présente sous forme gazeuse), plutôt que la poussière de minerai d’uranium, qui était la cause du cancer du poumon chez les travailleurs de mines souterraines. Cette conclusion a été tirée en comparant les travailleurs de mines et d’autres travailleurs qui respiraient des poussières radioactives mais qui n’avaient presque pas de cancer du poumon. Cela a été confirmé par des expériences réalisées sur des animaux.

Des scientifiques étaient confondus par le fait que le radon, gaz émetteur de particules alpha, était un agent cancérigène plus important que les autres émetteurs alpha. Il semblait en effet être beaucoup plus dommageable que d’autres émetteurs alpha comme ceux que l’on trouve dans la poussière de minerai. Le mystère a plané pendant plus d’une décennie.

Dans les années 1950, le mystère a été partiellement élucidé lorsque l’on a démontré que le radon, stationnaire dans l’air ambiant des mines, est à l’origine de produits de désintégration radioactive appelés « produits de filiation du radon »). Ces sous‑produits radioactifs solides demeurent en suspension dans l’air, tout comme le radon. Lorsque le radon est inhalé, les produits de filiation le sont eux aussi, ce qui donne lieu à une dose de rayonnement alpha aux poumons beaucoup plus importante que la dose qui serait reçue suite à l’inhalation du gaz seulement.

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E.5. Les travailleurs des mines d’uranium d’Amérique du Nord ont-ils été plus nombreux que d’autres à souffrir d’un cancer du poumon?

Lorsque l’extraction minière de l’uranium a commencé au début des années 1940, d’abord en vue d’assurer l’approvisionnement en uranium destiné à la fabrication de bombes, et plus tard pour alimenter les réacteurs nucléaires, la preuve présentée par les cas de Schneeberg et de Joachimsthal a été ignorée. Aux États-Unis, les indiens Navaho étaient envoyés dans les mines d’uranium du Colorado et exposés à des niveaux de radon (gaz et produits de filiation) aussi élevés que ceux enregistrés dans les mines allemandes et tchèques, avec des résultats tout aussi dévastateurs. Au Canada, de nombreux décès par cancer du poumon ont été constatés chez les travailleurs de mines de fluorine à Terre‑Neuve, qui avaient commencé à travailler dans les années 1930, ainsi que chez les travailleurs des mines d’uranium des Territoires du Nord‑Ouest. En Saskatchewan et en Ontario, les travaux d’extraction minière avaient débuté dans les années 1940 et 1950. Bien que l’exposition au rayonnement dans les mines canadiennes a été moins importante que dans les mines américaines, des augmentations importantes des décès par cancer y ont été observées. 

L’uranium n’est pas présent tel quel dans les mines de fluorine de Terre‑Neuve, mais des niveaux élevés de radon sont dissous dans l’eau qui suinte dans ces mines. Ce gaz est mortel lorsqu’il est inhalé par des travailleurs de mines, et bon nombre d’entre eux sont morts suite à l’exposition au radon. 

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E.6. Aujourd’hui, les taux de cancer du poumon chez les travailleurs de mines d’uranium sont-ils plus élevés qu’autrefois?

En 1976, une commission royale de l’Ontario – la Commission Ham – a déterminé que 81 travailleurs de mines d’uranium canadiennes étaient morts du cancer du poumon. C’était deux fois plus que ce à quoi on s’attendait. À la fin de 1977, on en comptait 119; à la fin de 1981, 174; et à la fin de 1984, ce nombre avait atteint 274. Dans un rapport de 1980 de la British Columbia Medical Association, on a expliqué que l’on doit s’attendre à une « intensification du nombre de cancers induits par le rayonnement » chez les travailleurs de mines d’uranium. De nombreuses études en cours sur les travailleurs des mines en roche dure exposés au radon et à ses produits de filiation montrent qu’en Europe, aux États-Unis et au Canada, les taux de cancer du poumon sont en nette progression. Le nombre de cas de cancer dépend de l’exposition au rayonnement des travailleurs de mines; plus l’exposition est élevée, plus le nombre de décès par cancer est élevé. L’augmentation importante des cancers du poumon causés par le rayonnement a été observée à la fois chez les fumeurs et chez les non‑fumeurs.

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E.7. Les niveaux actuels d’exposition au rayonnement des travailleurs de mines sont-ils considérés comme étant sûrs?

Il n’existe pas de preuve scientifique à l’effet qu’il y ait un niveau d’exposition au radon qui soit sûr. Presque tous les résultats de recherche laissent supposer le contraire. La seule hypothèse prudente à ce sujet est que toute exposition au radon risque d’entraîner une augmentation proportionnelle de l’incidence des cas de cancer du poumon. Cette conclusion ressort de tous les rapports importants sur le sujet depuis la fin des années 1970.

Au début des années 1980, une étude scientifique indépendantes sur les risques présentés par le radon a été publiée par la Commission de contrôle de l’énergie atomique (CCEA – organisme qui fixait à l’époque les normes de l’exposition au rayonnement au Canada). Cette étude, connue sous le nom de rapport Thomas/MacNeill, a examiné toutes les preuves disponibles dans plusieurs pays. Elle conclut que les risques sont très élevés.

Selon le rapport Thomas/MacNeill, si les travailleurs des mines d’uranium étaient exposés au niveau d’exposition maximal admissible de la CCEA pendant une vie entière, il est probable que l’incidence du cancer du poumon serait quatre fois plus élevée. Plutôt que 54 cancers du poumon pour 1000 hommes, qui est la moyenne en Ontario, il y aurait près de 200 cancers du poumon pour 1000 hommes – c’est‑à‑dire un sur cinq.

Dans le rapport de la British Columbia Medical Association (BCMA) publié en 1980, dont nous avons déjà parlé, on affirme que la CCEA « n’est pas apte à réglementer » à cause des risques pour la santé qu’elle tolère. Aucune autre industrie, explique-t-on dans le rapport de la BCMA, ne tolérerait la présence d’une substance cancérigène dans un lieu de travail en une concentration proche du double de la dose admissible causant un cancer chez l’humain.

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E.8. Les dangers pour la santé peuvent-ils être limités en faisant travailler davantage de travailleurs sur de plus courtes périodes?

La Commission Ham a fait une mise en garde contre le recours à un plus grand nombre de travailleurs de mines pendant de plus courtes périodes sans réduction de l’exposition totale au radon par inhalation, en précisant que cela ne réduira pas le nombre de victimes du cancer. S’il y a de quoi, cela pourrait faire augmenter le nombre de cas de cancer du poumon.

Le rapport de la Commission Ham, le Rapport BCMA, le rapport Thomas/MacNeill et le rapport 1988 BEIR-IV (du National Research Council des États‑Unis) ont tous indiqué que lorsque les niveaux d’exposition au radon sont plus faibles, le nombre de cas de cancer causés par unité de dose pourrait en fait augmenter. En d’autres mots, le fait de répartir une même dose totale sur une population plus vaste, en faisant en sorte que chaque personne recevra une dose plus faible, pourrait faire augmenter le nombre total de cas de cancer. Dans le rapport BEIR IV, on fait observer que ce phénomène est bien connu dans le cas des animaux de laboratoire, mais qu’il est moins clairement établi dans le cas des populations humaines.

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F. LES RÉSIDUS D’URANIUM

F.1. Qu’entend-on par résidus d’uranium?

Lors des travaux d’exploitation minière, l’uranium et ses produits de désintégration qui se trouvent à de grandes profondeurs sous le sol sont extraits avec le minerai qui est remonté à la surface. Le minerai est ensuite concassé et broyé pour obtenir des particules semblables à celles d’un sable fin. Une fois l’extraction chimique de l’uranium terminée, le sable restant est stocké dans des réservoirs de grande capacité. Ces amas de sable radioactif sont désignés par l’expression « résidus d’uranium » (parmi les autres expressions équivalentes utilisées, mentionnons « résidus miniers d’uranium » et « résidus de traitement de l’uranium »).

Les résidus d’uranium contiennent plus d’une douzaine de différentes matières radioactives qui sont très nocives pour les organismes vivants. Les plus importantes sont le thorium 230, le radium 226, le radon 222 (le radon) et les produits de filiation du radon, y compris le polonium 210.

Si les conditions ambiantes entraînent l’assèchement du sable radioactif stocké en surface, celui‑ci peut être entraîné par le vent et se déposer sur des végétaux, même ceux se trouvant à une grande distance, pour ensuite s’introduire dans la chaîne alimentaire. Il peut aussi être emporté jusqu’aux rivières et aux lacs et les contaminer.

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F.2. Qu’est-ce que le thorium 230?

Le thorium 230 est le produit de désintégration de l’uranium ayant la durée de vie la plus longue. Celle-ci peut atteindre des centaine de milliers d’années, ce qui correspond à une éternité, à l’échelle d’une vie humaine. Le thorium est particulièrement toxique pour le foie et la rate. Des données indiquent qu’il est la cause de différentes maladies du sang, notamment des leucémies. Sa désintégration produit du radium 226, lequel produit à son tour du radon (radon 222).

Par conséquent, la quantité de radium présent dans les résidus, tout comme celle du radon produit, ne diminueront pas de sitôt, car les deux matières radioactives sont continuellement générées par la désintégration du thorium 230 qui a une très longue durée de vie.

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F.3. Qu’est-ce que le radium 226?

Le radium 226 compte parmi les plus dangereux produits de désintégration de l’uranium. C’est un métal lourd radioactif et un puissant émetteur de particules alpha. Sa désintégration entraîne la production de radon comme sous‑produit. Le radium possède certaines caractéristiques chimiques similaires à celles du calcium, et par conséquent, son ingestion entraîne sa migration dans les os, les dents et le lait. Il est aussi facilement absorbé par les végétaux, notamment les plantes aquatiques, dans lesquelles sa concentration peut s’accroître par un facteur de l’ordre des centaines, voire des milliers.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, on incorporait le radium à de la peinture afin de la rendre phosphorescente, mais de nos jours, on considère qu’il est trop dangereux pour être utilisé à de telles fins. De nombreuses jeunes femmes qui travaillaient avec cette peinture sont décédées du cancer des os ou de la tête. Les cas de cancer des os résultaient des quantités microscopiques de radium ingérées de manière involontaire. Ceux de cancer de la tête étaient reliés au radon généré dans l’organisme de ces femmes, qui se concentrait dans les sinus et l’antre mastoïdien.

On considère maintenant qu’il est dangereux de porter une montre dont les chiffres ont été peints avec la peinture au radium, car certains produits de désintégration émettent des rayons gamma dont l’intensité peut même être supérieure à celle des rayons X. Ce type de rayonnement peut avoir de graves effets sur l’organisme en le traversant, et ce, même si la source est située à une certaine distance. De fait, le radium est parfois utilisé en cancérothérapie parce qu’il possède ces caractéristiques et qu’il peut détruire des tumeurs.

Lorsque le radium est utilisé à des fins médicales, les quantités requises sont très petites. La plus grande partie du radium présent dans l’environnement global est actuellement rejetée avec le minerai concassé qui constitue un résidu de l’exploitation minière de l’uranium, malgré les données qui indiquent que cette